Celle qui parle à toutes ses relations

(Talks with Relations)

 

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Mère de la Nature, elle parle avec sa famille.

L’Être Pierre,

La Fleur Sauvage

Et le Loup sont ses amis.

 

En tissant le rythme des saisons

Elle chevauche les vents du Changement,

Ouvrant son cœur avec la bonté

Qui protège de la faim et de la douleur

 

Gardienne des besoins de la Terre,

Toi qui rassembles le petit et le grand au sein d’une même famille.

Mère, je te vois dans la goutte de rosée,

Je t’entends dans le cri de l’Aigle.

Jamie Sams

(traduction de la nouvelle édition)

 

       Celle qui Parle avec Toutes ses Relations est la Mère de Clan du premier cycle lunaire. Elle est Celle qui protège l’apprentissage de la vérité. Ce cycle de vérité coïncide avec le mois de Janvier et il prend son sens à travers la découverte que toutes les formes de vie font partie d’une seule et même famille. Les enseignants de Celle qui Parle avec Toutes ses Relations sont les Alliés de la nature : les Quatre Vents du Changement, le Peuple des Nuages, les êtres du Tonnerre, les animaux de la Création, le Peuple des Arbres, celui des Plantes, le Petit Peuple (elfes et dévas), le Peuple des Pierres, les Chefs de Clan de l’Air, de la Terre, de l’Eau et du Feu ainsi que toutes les autres formes de vie. Tous ces êtres à qui nous sommes apparentés dans notre Famille Planétaire sont également nos enseignants.

 

            Grâce à Celle qui parle avec Toutes ses Relations, qui est la Mère de la Nature, nous apprenons que nous faisons tous partie de la même Famille Planétaire. Le Peuple des Arbres, les Animaux qui nous enseignent, le Peuple des Pierres, des Nuages, et toutes les autres formes de vie sont nos Sœurs et nos Frères. Nos Oncles et nos Tantes ce sont les Quatre Chefs de Clan de l’Air, de la Terre, de l’Eau et du Feu. Notre Mère est la Terre, notre Père est le Ciel, et nos Grands-parents sont Grand-Mère Lune et Grand-Père Soleil.

 

            Pour apprendre la vérité, nous devons nous ouvrir nous-mêmes aux vastes mondes à l’intérieur des mondes qui constituent la Création telle que le Grand Mystère l’a créée. Celle qui Parle avec Toutes ses Relations est l’aspect de la Terre-Mère qui aime partir en quête, qui a envie d’apprendre et qui comprend le rythme de chaque forme de vie qu’il rencontre ou de chaque lieu sur lequel il se rend. Le cycle de la Première Mère de Clan est protégé par la couleur orange. Cette couleur est porteuse de la Médecine de faire partie de la même famille que tous les êtres vivantsparce que c’est la couleur de l’Éternelle Flamme d’Amour que le Grand Mystère a placée dans le cœur de chaque être de la Création. Chaque fois que nous voyons une plume, une pierre, une fleur ou un coquillage avec de l’orange, les leçons que cette Sœur ou ce Frère peuvent nous enseigner portent sur la façon de se créer une famille, sur ce que sont de véritables relations de qualité ainsi que le respect et/ou le sentiment de communauté avec tous les êtres. Au cours de notre apprentissage des vérités offertes par chaque forme de vie dans la Famille Planétaire, l’occasion nous est donnée de voir quelles sont les similitudes entre nous. Nous pouvons découvrir qu’une fleur ou un ruisseau s’avèrent être l’un de nos plus grands enseignants. Quand nous acceptons de voir que toute chose dans notre monde est vivante, nous pouvons alors avoir accès aux parties de nous-mêmes qui étaient devenues inertes ou qui avaient été mortifiées, et nous pouvons guérir ou raviver notre propre vitalité.

 

Faire partie d’une même famille signifie avoir de bonnes relations avec la Force Créatrice, avec le Soi, avec notre Orenda ou Essence Spirituelle, avec notre corps, notre famille, nos amis, nos valeureux adversaires, et avec Toutes nos Relations qui font partie du monde de la nature. Ces relations peuvent devenir aimantes et bénéfiques en nous offrant des occasions d’échanger des idées et d’apprendre le partage, dans l’unité, pour grandir dans la vérité.

 

            Celle qui parle à Toutes ses Relations est la Mère de la Nature : elle accueille toutes les formes de vie à l’intérieur de son Clan. Elle voit la beauté de chacun et honore les talents qu’il possède. En tant que Protectrice du Rythme, elle nous enseigne à trouver nos propres rythmes, ainsi qu’à respecter ceux des autres formes de vie. En apprenant la vérité, nous découvrons que chaque forme de vie possède un Espace Sacré ainsi qu’un rythme qui lui est propre. Pour entrer dans ces Espaces Sacrés, il nous faut apprendre le rythme de la forme de vie en question. Si nous apprenons à connaître ce rythme et demandons l’autorisation, alors, avec respect, nous pouvons entrer dans le monde de cette Sœur ou de ce Frère, sans déranger l’ordre naturel. Celle qui Parle à Toutes ses relations nous enseigne les rythmes et la façon dont les créatures sauvages acceptent d’entrer en relation avec certains humains sans avoir peur alors qu’elles fuient les autres. L’acceptation ou la non-acceptation de leur part résulte de l’intention de l’humain, de son attention au respect des rythmes et de l’Espace Sacré de l’Animal rencontré, et/ou de sa disposition à apprendre la vérité enseignée par cette forme de vie.

 

            Gardienne du Temps et des Saisons, Celle qui Parle à Toutes ses Relations veille aux besoins de la Terre. Cette Mère de Clan comprend comment avoir recours aux Chefs de Clan de l’Air, de la Terre, de l’Eau et du Feu pour produire l’équilibre climatique nécessaire à la survie de la planète. Elle enseigne aux êtres humains que dérégler les forces naturelles ou les éléments porte à conséquence car chaque action contient sa réaction : même s’il n’est pas immédiatement visible, le résultat va sûrement affecter le subtil équilibre écologique de Mère Terre. Si, dans sa Médecine, un homme demande à pouvoir faire tomber la pluie, il devra s’aviser de la quantité d’eau que le sol pourra absorber et des effets des ruissellements sur les formes de vie qui vivent là. Celle qui Parle à Toutes ses Relations est la Protectrice de ces mystères et elle incite constamment à la prudence de façon à ce que les rythmes intrinsèques à chaque vie puissent être préservés.

 

 

NdT : Toutes Nos Relations est un terme sacré dans la tradition Amérindienne et il est donc laissé tel quel dans le texte, il désigne tous ceux à qui nous sommes reliés c’est à dire : toutes les formes de vie qui constituent la famille planétaire dont nous faisons partie. La salutation Lakota «  Mitakuye Oyasin », qui est aussi utilisée en tant que prière signifie que nous sommes tous reliés, ce terme peut aussi servir à dédier les paroles ou les actions qui précèdent son utilisation à Toutes Nos Relations.

La Mère du Premier Cycle Lunaire

Tisser des Liens de Parenté

            Celle qui Parle avec Toutes ses Relations s’émerveillait de la luxuriance des forêts et des vallées verdoyantes de Mère Terre. Les Grandes Montagnes de Glace n’étaient pas arrivées jusqu’ici dans leur dérive vers le Sud, ce qui donnait un peu de quiétude au seul endroit de terre qui émergeait : l’Île de la Tortue. La vie grouillait dans tous les recoins de cette terre ensoleillée où les plantes poussaient devant elle avec bonheur. Elle s’étira et leva les bras vers la lumière de Grand-Père Soleil : « Oh, quel plaisir d’être vivante ! », soupira-t-elle pour elle-même.

 

À cet instant, un mouvement furtif, presque imperceptible, attira son attention. Retenant sa respiration, elle s’accroupit dans un volumineux buisson d’iris sauvages et de roseaux. Elle n’osait faire aucun bruit. Elle resta ainsi, au calme, jusqu’à ce que son corps n’émette plus aucun rythme qui puisse être perçu. Elle ne voulait pas déranger ceux qui vivaient naturellement dans cette vallée boisée, ni les empêcher de s’adonner à leurs occupations quotidiennes qui les menaient sans doute au ruisseau, un peu plus bas sur la gauche de sa cachette. Cela lui faisait plaisir d’attendre pour voir si l’animal qui avait produit ce bruissement dans les fourrés allait se montrer.

 

Elle n’eut pas longtemps à attendre avant qu’un renard roux vienne flairer autour du rocher tout proche du ruisseau bouillonnant, et qu’il se précipite au bord de l’eau pour boire une lampée, puis se sauve aussitôt pour se mettre à l’abri. Mais, ayant décidé qu’il n’y avait aucun danger pour lui malgré l’étrange odeur que lui apportaient par moments les mouvements de l’air, il retourna en bordure du ruisseau. Tout en buvant à même le courant, le petit être relevait la tête de temps en temps pour scruter les alentours et s’assurer qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter, car ses sens lui disaient de se méfier. Il fut soudain paralysé de stupeur lorsqu’il se retrouva en train de plonger dans le plus gentil regard qu’il ait jamais vu. Les yeux semblaient appartenir à un humain à deux jambes.

 

« Salut, Frère Renard, dit doucement Celle qui Parle avec Toutes ses Relations. Je crois que j’ai réussi à ne pas t’effrayer. »

 

Le Renard oublia ses craintes et lui répondit spontanément : « Je pensais que j’étais le seul qui soit vraiment doué dans l’art du camouflage ! Tu devrais être un renard, et pas un Deux-Jambes. Comment as-tu fait ? Oh, pas la peine de me le dire, je le sais déjà parce que c’est ce que je fais, moi aussi. »

 

- « Eh bien, Renard, tu seras peut-être étonné d’entendre que j’ai marché sur la Terre pendant de nombreux Soleils et de nombreux Sommeils pour apprendre à connaître toutes mes Relations » répliqua-t-elle. « Il est important pour moi de comprendre la façon de faire de tous mes enfants parce que je suis la Mère de la Nature : je dois connaître les besoins de chacun des Animaux qui enseignent ainsi que des Plantes et des Êtres Pierre pour pouvoir servir au mieux ma famille. »

 

Le Renard la regarda ; il vit qu’elle disait la vérité. Il commença à se demander comment il se faisait que cette belle et généreuse Deux-Jambes ait choisi de lui parler, mais il avait peur de lui poser la question. Il fut ramené à lui par un rire enchanteur, le plus mélodieux qu’il n’ait jamais entendu et qui résonna dans le vallon.

 

- Oh, Renard, dit-elle, tu es un maître dans l’art de te rendre invisible, mais tu as oublié de masquer tes pensées. Ne sais-tu pas que j’ai la connaissance de la vérité enfouie dans les cœurs et les esprits de chaque être vivant ? Tu ne dois pas avoir peur de me demander ce que tu veux. Le tétra m’a appris à entrer dans la Spirale Sacrée du rythme, pour être en harmonie avec tous mes enfants. Ayant appris la vérité des rythmes, je suis devenue capable de tisser ensemble nos pensées et nos cœurs, de sorte qu’il n’y ait plus de séparation entre nous. »

 

À cet instant, un Mille-Pattes apparut, trottinant le long d’un morceau de bois tombé en travers du ruisseau lors de la dernière grosse averse. La multitude de ses pattes qui bougeaient en cadence sembla soudain s’agiter, comme si elles allaient se chevaucher les unes les autres - car il essayait vaillamment de venir jusqu’à Celle qui Parle avec Toutes ses Relations. Son dos dessina un arc quand il relâcha la cadence pour s’arrêter enfin, et sa queue se vrilla comme une feuille d’automne. « Quel bonheur ! s’écria-t-il, quasiment à bout de souffle. « Je crois bien que j’ai entendu ton doux rire, Mère. Je ne connais nulle part au monde un son aussi musical. Quelle magnifique surprise ! »

 

Le regard du Renard allait de Celle qui Parle avec Toutes ses Relations au Mille-Pattes. Il se demandait comment ces deux-là pouvaient bien se connaître. Puis il choisit de s’asseoir sur le rocher près du ruisseau et de se réchauffer au soleil. La discussion allait sans doute durer et ses pattes s’étaient refroidies à force de rester dans l’eau à écouter Celle qui Parle avec Toutes ses Relations.

 

« Mille-Pattes, cela fait de longues lunes que nous ne nous étions pas parlé. Je dois te remercier de m’avoir appris à trouver le centre de mon corps et à faire de grandes enjambées. Les longues marches jusqu’à la mer et jusqu’aux plaines m’ont pris de nombreux Soleils et de nombreux Sommeils, mais mes bras et mes jambes bougeaient en harmonie. C’est merveilleux de sentir que chaque partie de mon corps travaille en relation avec l’autre. Ni toi ni moi n’avons oublié la période où je me débrouillais si mal avec mes bras et mes jambes… trébuchant sur chaque caillou, me faisant agripper par chaque buisson.» dit Celle Qui Parle avec Toutes ses Relations.

 

Le Mille-Pattes se mit à pouffer de rire. « Eh bien, je suis si heureux de te revoir que j’ai failli rouler le long de cette branche de cotonnier. Moi aussi, j’oublie ma propre médecine quand je suis excité ! Avec mon grand âge, j’ai de nouvelles pattes qui me poussent, et je crois qu’il faut que je leur apprenne à fonctionner à l’unisson des anciennes, encore et encore. »

 

Celle qui Parle avec Toutes ses Relations sourit : « Je comprends bien ce que tu ressens, Plein de Pattes. Mettre au point les rythmes et les saisons demande aussi du travail. Mère Terre n’arrête pas de changer dans sa façon d’avancer dans la Nation du Ciel : les Lunes Vertes qui voient l’apparition de nouvelles pousses se font de plus en plus courtes, alors que les Lunes Blanches semblent s’allonger en apportant davantage de neige et de glace. »

 

Le Renard intervint pour demander : « Est-ce pour cette raison que tant d’Animaux des steppes viennent par ici ? »

 

Le Mille-Pattes hocha la tête et Celle qui Parle avec Toutes ses Relations acquiesça. « Tu vois, Renard, Mère Terre m’a donné la tâche de connaître les besoins de tous les membres de la Tribu Terrestre ; je peux ainsi l’aider dans sa recherche de la façon juste de traverser la Nation du Ciel. Finalement, il y aura Quatre Saisons et Quatre Vents du Changement qui aideront chacun d’entre nous à trouver des rythmes harmonieux. Les trois Lunes Blanches nous donneront une période de repos, pendant le temps où les êtres de Glace couvriront la terre. Puis les Lunes Vertes viendront, sur trois cycles, apporter une vie nouvelle au Peuple des Plantes. Et les trois Lunes Jaunes amèneront la période de maturité et de plénitude. Pour finir, les trois Lunes Rouges suivront, apportant le temps de la moisson. Et la Treizième Lune sera la Lune Bleue, celle du moment où tous les Enfants de la Terre trouveront leur capacité naturelle à changer ou à se transformer. »

 

Le Mille-Pattes soupira et sourit. « Ce sera vraiment bien de voir cela, Mère, et nous te remercions tous pour le travail que tu fais là pour nous. »

 

Celle qui Parle avec Toutes ses Relations était heureuse d’apprendre comment nourrir véritablement les besoins de tous les Enfants de la Terre, heureuse aussi d’apprendre à connaître la Médecine de chacun. La vie était bonne : chaque nouvelle journée apportait de nouveaux enseignements à recevoir, de nouvelles vérités à explorer et de nouveaux rythmes à ajouter à l’ensemble. Elle était en train de comprendre que chacune des formes de vie devenait l’un des membres de sa famille lorsqu’elle se synchronisait sur le rythme de chacune de ses Relations et qu’elle écoutait le tambour intérieur des battements du cœur de cet être. Et voilà qu’elle se souvint de la façon dont elle avait appris cela. Sous les chauds rayons de lumière orange que Grand-Père Soleil dardait à travers ses paupières closes, elle se laissa dériver jusqu’à cette lune d’il y a bien longtemps… Elle vit le Cygne qui nageait sur un lac de haute montagne.

 

Cette journée-là avait été exceptionnellement chaude. Celle qui Parle avec Toutes ses Relations avait conversé avec le Geai bleu qui lui donnait alors son enseignement sur les Médecines et Talents du Peuple qui se tient Dressé, le Peuple des Arbres. Le Geai bleu n’allait pas parler pour eux, parce que les Arbres peuvent s’exprimer ! Mais Celle qui Parle avec Toutes ses Relations lui avait demandé de l’accompagner car sa Médecine consistait à utiliser l’intuition pour dire la vérité et, en ce temps-là, elle commençait seulement à apprendre à se servir de son corps pour ressentir les choses. N’étant pas très sûre de ses nouvelles facultés, elle avait demandé au Geai bleu de l’assister. Pendant des heures, les deux amis s’étaient assis auprès du Peuple qui se tient Dressé, à écouter quand le Chef du Vent soufflait doucement à travers les branches des arbres, donnant vie à leurs voix.

 

Durant ce Soleil , Celle qui parle avec Toutes ses Relations avait d’abord fait l’expérience de la frustration humaine. Elle avait été en mesure de comprendre la Médecine du Tremble, le prophète, qui porte en lui la Médecine de l’observation : en effet, elle avait vu, sur le tronc du Tremble, des formes semblables à des yeux à chacun des endroits où une branche s’était séparée et était tombée. Elle avait pu ressentir la Médecine de la paix intérieure lorsqu’elle s’était assise au pied du Pin en appuyant son dos contre son tronc robuste. Elle avait éprouvé la Médecine de l’équilibre donnée par le Cornouiller lorsqu’elle avait vu ses fleurs s’ouvrir, leurs pétales formant les quatre directions du Cercle Sacré. Mais l’intuition lui faisait défaut dans son écoute et elle ne comprenait pas intimement le langage de Ceux qui se tiennent Dressés !

 

Le Geai bleu fut très gentil avec elle : il proposa de faire une pause dans l’apprentissage car il voyait bien qu’elle était au bord des larmes à cause de sa frustration.

 

« Elle est oh combien humaine, et pourtant si inhumaine dans son acharnement à traiter toutes choses avec autant d’insistance et d’attention », pensa-t-il en lui-même. « Je n’ai pas peur de lui dire la vérité parce que, plus que tout au monde, ce qu’elle veut apprendre c’est ce qui est vrai. Mon intuition me dit qu’elle doit aussi apprendre à se reposer quand les rythmes de son corps ont été poussés au-delà de ses capacités d’endurance ! Cela doit être difficile pour elle de ne plus exister sous forme d’Esprit et de devoir se limiter à la perception d’un corps humain. »

 

Le Geai bleu emmena Celle qui Parle avec Toutes ses Relations en bas de la colline jusqu’au bord du lac, et il la fit s’asseoir sur le sable auprès de la berge. Des touffes d’une douce herbe verte formaient des épaisseurs toutes désignées pour une sieste. Pendant qu’elle s’étendait sur un monticule couvert d’herbes, le Geai bleu lui dit qu’il allait chercher un ami qui se joindrait à eux, et qu’elle n’avait qu’à se reposer pendant son absence.

 

Celle qui Parle avec Toutes ses Relations était si préoccupée à ruminer sa déception qu’elle n’entendit même pas le message du Geai bleu : les pensées continuaient à tourner dans son esprit. Elle se demandait toujours comment apprendre la langue du Peuple de Ceux qui se tiennent Dressés, si bien qu’elle ne remarqua pas le retour du Geai bleu avec son ami le Cygne. Sans effort, le Cygne avait traversé le lac en glissant sur l’eau. Il se laissait maintenant flotter doucement près de la rive ; il attendait patiemment. Alors, le Geai bleu se mit à criailler un long discours de remontrances pour attirer l’attention de Celle qui Parle avec Toutes ses Relations.

 

« Dis-moi, Cygne, peut-être que nous pourrions la pousser dans le lac pour lui laver la tête de toutes ses frustrations, ou bien demander à l’Autruche de creuser un trou dans le sable où nous pourrions tous les trois enfouir sa tête ? » piailla-t-il, sans provoquer pourtant la moindre réaction chez Celle qui Parle avec Toutes ses Relations. Le Geai bleu aperçut l’Autruche plus bas sur la rive, et il l’appela. Pendant qu’elle trottinait vers eux, il continua sa tirade moqueuse.

 

« Ça y est, voilà l’Autruche. Elle va te montrer comment enfouir ta tête dans le sable plutôt que dans d’inutiles insatisfactions » lança-t-il suffisamment fort pour que l’Autruche l’entende.

 

Mais Celle qui Parle avec Toutes ses Relations restait perdue dans ses pensées agitées, pendant que l’Autruche s’avançait d’un pas nonchalant en haussant les épaules et en se demandant quoi faire pour cette jeune femme perturbée. Le Cygne continuait d’attendre patiemment ; mais le Geai bleu et l’Autruche étaient bien résolus à capter l’attention de la jeune femme. Avec un petit rire de conspirateur, le Geai bleu vint se poser à côté d’elle sur un morceau de bois flotté, et l’Autruche se pencha pour lui donner un petit coup de bec sur le nez. Celle qui Parle avec Toutes ses Relations poussa un cri - non pas de douleur, car l’Autruche y était allée très doucement, mais de surprise - à cause du choc de découvrir soudain et de si près deux yeux, les plus énormes qu’elle ait jamais vus, avec leurs lourdes paupières plissées.

 

Tout le monde éclata de rire, sauf elle, muette de stupéfaction. Le Geai bleu en déduisit ouvertement qu’elle était sans doute muselée par ses propres ruminations. Le Cygne lui répondit que l’Autruche, dont la Médecine est comment interagir avec les autres à travers la communication, pouvait peut-être lui tendre une main ou une aile secourable, à présent qu’ils avaient l’attention de Celle qui parle avec Toutes ses Relations. Chaque commentaire provoquait de nouveaux éclats de rire jusqu’à ce que la jeune femme se rende enfin compte du ridicule de la situation et se joigne à eux.

 

Au milieu des vagues de fou-rire, l’Autruche lui expliqua que, lorsqu’elle voit ceux qui ne communiquent pas clairement ou qui agissent d’une façon qui ne prend pas les autres en compte, elle aussi a tendance à cacher sa tête. S’il arrive qu’une personne se trouve à l’écart d’un groupe, l’Autruche va l’imiter quand elle refuse d’entendre les idées des autres : elle va enfouir sa tête dans le sable jusqu’à ce que quelqu’un la remarque. En général, la personne s’en rend compte par elle-même lorsqu’elle a sous le nez le postérieur de l’Autruche qui pointe en l’air, ce qui lui donne une idée de ce que l’Autruche pense d’elle. Mais, dans le cas présent, il n’était pas utile d’enterrer sa tête parce que Celle qui Parle avec Toutes ses Relations l’avait déjà ensevelie elle-même sous ses propres frustrations.

 

Le rire avait complètement transformé l’atmosphère de l’après-midi, et Celle qui Parle avec Toutes ses Relations se sentit de nouveau l’esprit frais, portant attention à ce qui se passait au lieu de se demander pourquoi les limitations humaines venaient restreindre sa faculté naturelle à connaître directement les choses. Elle était en train d’apprendre à utiliser les sens humains et rire lui faisait du bien : le rire montait à ses lèvres et faisait gigoter son ventre. Son cœur goûtait la chaleur de l’amitié et sa peau frémissait sous les éclaboussures de l’eau que les ailes du Cygne faisaient gicler dans l’animation du moment. Elle considéra qu’il était bon de ressentir les plaisirs du corps, elle était heureuse d’être vivante.

 

L’Autruche et le Geai bleu observèrent en silence le Cygne qui s’était mis à parler de façon apaisante à Celle qui Parle avec Toutes ses Relations, glissant doucement sur l’eau calme, ce qui amena une nouvelle atmosphère : « Tu vois comme mon corps se courbe, et comme mon cou s’incline et ondule lorsque j’avance dans l’eau… » Celle qui Parle avec Toutes ses Relations acquiesça et le Cygne continua : « Les Esprits de l’Eau ne s’opposent pas aux mouvements de mon corps. Ils m’aident à sentir le mouvement des courants aussi bien que mon propre mouvement. Observe-moi glisser sur le lac, et vois la grâce de mon cou lorsque je te montre la Danse de l’Eau. »

 

Celle qui Parle avec Toutes ses Relations s’apaisait de plus en plus, captivée par les rythmes du Cygne. On aurait dit qu’un petit souffle d’air avait amené dans son corps le bercement des vagues qu’offraient les Esprits de l’Eau. Elle commença à laisser son esprit voguer et rêver, tandis que les mouvements hypnotisants du Cygne lui apprenaient à lâcher prise.

 

Quand elle s’éveilla de ce rêve, elle avait compris comment apprendre le langage de chaque chose vivante. Elle pouvait faire d’avantage qu’observer et ressentir les choses de son propre point de vue : elle avait appris comment se détacher de son propre Espace Sacré et de son Point de Vue Sacré, comment demander la permission et, lorsque c’était d’accord, comment entrer dans l’Espace Sacré de l’autre pour apprendre son langage.

 

Elle était toute excitée en racontant au Cygne, au Geai bleu et à l’Autruche l’expérience de son Temps de Rêve. Dans ce rêve, elle avait volé avec le Faucon et appris sa Médecine de partir en chasse pour trouver des solutions. Le Faucon l’avait emmenée dans les profondeurs de la jungle de l’Île de la Tortue, et lui avait fait découvrir la touffeur de ce royaume vert à la végétation luxuriante. En ce lieu Mère Terre renvoyait en miroir la moiteur des confusions et frustrations humaines. Ensemble, ils avaient volé dans le rêve à travers ce brouillard de la confusion, jusqu’à ce qu’ils puissent voir les choses clairement. Sous leurs yeux s’étendaient les hautes terres à la végétation dense où vivent les grands singes, avec la neige qui étincelait sur les sommets des montagnes au loin surplombant la jungle.

 

Le Gorille était un conteur sans mots : il mimait ou imitait un comportement jusqu’à ce que l’observateur puisse voir la solution ou trouver la clé de l’histoire par lui-même. Dans le rêve, alors qu’elle volait en cercle avec le Faucon, Celle qui Parle avec Toutes ses Relations avait observé ses mimiques sous toutes leurs facettes. En peu de temps, la Médecine efficace du Gorille, qui est de communiquer et d’enseigner à travers l’action, avait permis à son cœur de comprendre. Elle avait d’abord trouvé ses mouvements drôles jusqu’à ce qu’elle se rende compte qu’il était en train d’apprendre aux membres de sa Tribu à accomplir une tâche précise. C’est alors qu’elle avait remarqué que, pour capter l’attention d’un singe plus jeune, il l’imitait puis qu’il faisait un jeu de ces imitations afin que le jeune puisse alors l’imiter lui.

 

De toute évidence, le Faucon lui avait montré une solution à son problème. Il n’était pas nécessaire qu’elle se sente séparée des autres formes de vie parce qu’elle avait un corps humain : elle pouvait imiter leurs comportements et voir ce que cela faisait d’être eux. En imitant les actions des Êtres de la Création qui l’Enseignaient, elle pouvait s’abandonner à ce qu’elle éprouvait en leur étant semblable. Peu importait que son enseignant fût une plante, une pierre, un animal, un nuage, ou les Esprits du Vent ou de l’Eau. Comprendre leur langage lui prendrait du temps, mais plus elle leur serait semblable et mieux elle pourrait comprendre en quoi leurs vies étaient similaires à la sienne, et plus il lui serait facile aussi de connaître la façon de communiquer propre à chaque espèce.

 

L’Autruche, le Geai bleu et le Cygne étaient très heureux que Celle qui Parle avec Toutes ses Relations en ait terminé avec les frustrations et finisse par comprendre. L’équipe des quatre se retira sous les ombres douces de la forêt, Celle qui parle avec Toutes ses Relations montrant le chemin. Elle était décidée à utiliser sa compréhension nouvelle pour communiquer avec ceux qui, parmi ses Relations, étaient des Arbres. Jusqu’à présent, elle avait simplement observé et essayé d’écouter lorsque les Esprits du Vent agitaient doucement les buissons couleur d’émeraude et de jade du Peuple de Ceux qui se tiennent Dressés. Il était temps à présent de pratiquer et de développer ses aptitudes à communiquer.

 

À ses amis enracinés autour d’elle, elle fit part de son intention. « J’ai appris à m’abandonner aux rythmes de l’Espace Sacré autour de moi. À présent, si vous êtes d’accord, j’aimerais devenir semblable à un Être qui se tient Dressé », dit-elle.

 

L’Être d’un vieux Pin laissa tomber une pomme de pin qui roula à ses pieds, comme une offrande d’amitié. Elle accepta le Cadeau avec plaisir. Elle s’agenouilla pour creuser un trou dans le sol tendre couvert d’aiguilles de pin, et y enterra ses pieds jusqu’aux chevilles. Puis elle se dressa fièrement et leva ses bras comme des branches vers les rayons du soleil qui filtraient à travers l’épaisseur verte de la forêt. Le silence enveloppa tous ceux qui étaient rassemblés là, tandis qu’elle fermait les yeux et devenait un arbre humain. C’est alors qu’elle entendit les voix du Peuple de Ceux qui se tiennent Dressés qui s’élevaient de leurs cœurs de bois et qui parlaient au sien.

 

« Notre langage est d’entendre par le cœur, Mère, pas avec les oreilles. Nous parlons de tout ce que nous voyons dans un lieu parce que nous sommes les observateurs silencieux de la Terre. Nos racines plongent profondément dans le puits d’amour du sol de Mère Terre et nos branches s’élèvent plus haut chaque jour pour chercher la lumière du Grand-Père Soleil. Nous sommes le vivant équilibre entre Mère Terre et le Ciel Père, entre le féminin et le masculin, entre recevoir et donner. De toutes les formes de vie, nous sommes les plus proches de la constitution des êtres humains parce que nous leur montrons comment honorer l’équilibre entre le ciel et la terre à l’intérieur d’eux-mêmes. Nous leur montrons, par l’exemple, comment être des observateurs silencieux de la vie, comment se tenir dans leur grandeur, et comment donner et recevoir. »

 

Rien n’agitait la forêt, aucun souffle de vent ne faisait frémir les branches du Peuple des Arbres, et pourtant Celle qui Parle avec Toutes ses Relations entendait la voix du vieux Séquoia. Il lui montra qu’avec ses bras ouverts au-dessus d’elle, son corps créait deux cercles. Ces cercles formaient la figure d’un huit. Le cercle du haut rencontrait le cercle du bas dans son cœur : celui du haut embrassait la Nation du Ciel et celui du bas la connectait au centre de Mère Terre. C’était comme si elle se trouvait au sommet d’un cercle et tenait l’autre au-dessus d’elle, faisant de son corps le lieu d’un croisement qui les connectait l’un à l’autre.

 

« Il y a deux Roues Médecine de la vie », dit le Séquoia. « Les êtres humains, tout comme le Peuple des Arbres, ont la possibilité de réaliser l’équilibre entre le ciel et la terre. Quand les êtres à deux jambes arrivent au meilleur de leur potentiel, la Roue du Ciel leur apporte les messages du Monde de l’Esprit à travers leurs cœurs humains. La Roue de la Terre, quant à elle, permet aux plantes, aux pierres, aux animaux et aux éléments de la nature d’être leurs enseignants sur Mère Terre et les interprètes de ces messages spirituels. Les humains sentent et comprennent les messages que le Grand Mystère leur envoie en observant les actions de ces enseignants de la nature qui sont la contrepartie planétaire de ce qu’exprime le Grand Mystère. En se rencontrant dans le cœur, les deux Roues Médecine montrent que le ciel et la terre, le spirituel et le matériel sont égaux et sont un. Vois-tu, Toi qui Parles à Toutes Tes Relations, la seule véritable limitation du fait d’être humain survient lorsque le cœur est fermé. Lorsque le cœur est ouvert, toute la Création devient accessible et compréhensible. A présent tu es devenue cet équilibre et il va se mettre à ton service. »

 

Le souvenir de ce temps d’expérience et des enseignements reçus emplit le corps de la Mère de la Nature d’un sentiment de chaleur, la ramenant doucement au moment présent. La lueur orange que Grand-Père Soleil avait projetée sur ses paupières s’était transformée en orangé d’une profonde couleur saumon, signalant que ce Soleil touchait à sa fin. Elle pouvait entendre la truite sauter pour gober des mouches dans le petit ruisseau mélodieux. Elle pouvait humer les premières effluves du jasmin qui ouvrait ses fleurs pour la nuit, et savourer la fraîcheur humide qui s’élevait des pierres au bord du ruisseau. Dans son esprit, les images de ces transformations dansaient au milieu de centaines d’autres perceptions. Elle pouvait entendre le petit ronflement du Renard qui s’était endormi, et le grattement des nombreuses pattes du Mille-Pattes sur le tronc du cotonnier.

 

« Oui, pensa-t-elle, j’ai vraiment appris. La vérité me parle maintenant de mille façons, à travers tous les sens de mon corps, mon cœur, mes pensées et mon esprit. Je peux ressentir les rythmes des pas des animaux sur le sol quand ils approchent de l’eau pour boire à la tombée du jour. Je peux sentir la lumière des étoiles avant même qu’elles ne viennent trouer le manteau violet du début de la nuit. La vie m’envoie des flots de sensations au plus profond de mon ventre avec chaque changement de rythme autour de moi, et je ressens ces changements à l’intérieur de moi car je suis une extension de tout cela. »

 

Gardant les yeux clos, Celle qui Parle avec Toutes ses Relations toucha doucement et paisiblement un Être Pierre, attaché à son cou par un lien. La pierre était naturellement percée par l’érosion de l’eau qui avait coulé sur elle pendant de nombreux Soleils et de nombreux Sommeils. Le nom de cet Être Pierre était Onéo ou Chanson. Cette Pierre Médecine était spéciale : elle n’arrêtait pas de chanter et d’enregistrer tout ce que son cœur éprouvait et qu’elle expérimentait, en lui rappelant l’histoire qu’elle était en train de créer avec sa propre vie. Le trou naturel dans le corps d’Onéo était le signe que cette pierre était une pierre de protection. Étant donné que ce trou avait été fait par l’eau, la Pierre aidait Celle qui parle avec Toutes ses Relations à rester en contact avec ses sentiments et à être consciente d’un éventuel danger. Le corps de Celle qui Parle avec Toutes ses Relations, était constitué des mêmes minéraux que ceux dont les pierres étaient faites, c’est pourquoi  Onéo l’aidait à rester en harmonie avec le battement de cœur de Mère Terre.

 

 Le Peuple des Pierres, qui porte la mémoire de l’histoire de la Terre, lui fut d’un grand secours lorsqu’elle apprit leur langage. Dans ses explorations, elle en était arrivée à comprendre les marques que les pierres portaient sur leur corps d’une façon qui ressemblait beaucoup à celle dont elle avait appris le langage des arbres. Grâce au Peuple des Pierres, elle put savoir que toutes les forces de la nature ont des cycles et que ces cycles de croissance sont présents à l’intérieur de toute chose. Elle avait acquis la faculté d’accéder à l’histoire de tout ce qui s’était passé sur Terre à travers le temps et l’évolution naturelle de chaque chose lui était montrée telle que les pierres en avaient gardé la mémoire.

 

Leurs cousins de la mer, les Coquillages, lui avaient enseigné à écouter le rythme des marées et des cycles de son propre corps. Le Peuple des Nuages lui avait montré les visages et les formes de toutes les choses qui existaient dans la nature. Lorsque l’un des Enfants de la Terre était en danger, le visage de celui qui appelait à l’aide se formait dans les nuages. Devant elle, les Chefs de Clan de l’Air, de la Terre, de l’Eau et du Feu s’étaient mélangés puis séparés pour lui montrer les forces créatrices spontanément à l’œuvre dans la nature. Avec ce Système de Connaissance fermement ancré dans son cœur, Celle qui Parle avec Toutes ses Relations fut capable de commander au temps d’apporter des pluies bienfaisantes ou de faire jaillir des flots de lave pour maintenir l’équilibre nécessaire sur la planète.

 

« Apprendre la vérité est une aventure sans fin ainsi qu’une source constante d’accomplissement », songea-t-elle. « C’est une bénédiction pour moi d’avoir la soif d’apprendre, la joie de découvrir et le désir de pouvoir être utile pour ma famille. J’ai appris le langage de chacun de ceux qui font partie de la Tribu Terrestre. Chaque jour, je découvre une façon de prendre soin et d’avoir de la compassion qui me permet d’apprendre davantage. La vie crée toujours plus de vie, et c’est pourquoi je vais continuer à célébrer les leçons que j’ai apprises, pour pouvoir les partager avec tous mes enfants et pour toujours. »

 

Celle qui Parle avec Toutes ses Relations ouvrit les yeux et vit que le Jour venait doucement de passer la Pipe Sacrée à la Nuit. Le Bol Médecine Étoilé du ciel de la nuit avait enfanté un quartier de lune et les bêtes nocturnes commençaient à fureter. Le Mille-Pattes et le Renard avaient fidèlement attendu que Celle qui Parle avec Toutes ses Relations sorte du profond Silence où elle était entrée, ils n’avaient pas bougé d’un poil. La lumière bleu argenté de Grand-Mère Lune jouait sur les crêtes qui ondulaient à la surface de l’eau dans le berceau de la petite crique, et les esprits de l’eau m

 

urmuraient au passage leur chanson du soir.

 

Quand Celle qui Parle avec Toutes ses Relations s’adressa à ses amis, elle murmura : « Cela me fait plaisir que vous m’ayez attendue, les enfants. Pendant mon silence, je me suis souvenu de tant de choses que j’avais apprises à propos des vérités présentes dans chacune des existences qui font partie de la Création. Et j’ai réalisé que je peux apprendre bien davantage encore dans notre monde en perpétuelle évolution. »

 

Le Mille-Pattes fit une boule de son petit corps et roula le long de la branche jusqu’à Celle Qui Parle à Toutes Ses Relations pour se rapprocher d’elle. « Mère, peut-être ta sagesse grandissante est-elle semblable à mes pattes qui se multiplient, chuchota-t-il.  Peut-être qu’il me pousse de nouvelles pattes parce que je deviens plus âgé et plus sage. Je suppose que chacune de nos Relations a une façon bien à elle de mesurer le chemin qu’elle accomplit dans son existence sur la Bonne Voie Rouge de la vie. »

 

Celle qui Parle avec Toutes Ses Relations répliqua : « Oui, Plein de Pattes. Nous avons tous notre façon unique d’acquérir de la sagesse, mais la manière dont nous partageons notre langage et notre compréhension des choses est la clé de notre croissance commune en tant que Famille Planétaire. »

 

Le Renard se mit à rire et fit bouger ses moustaches avant d’intervenir. « Voilà une clé que je comprends, Mère. Le Renard est le protecteur de la Famille Planétaire parce que personne ne peut apprendre les Médecines et les langages de la nature s’il ne peut voir ce qu’il a juste sous les yeux. Toute la sagesse reste camouflée, comme moi, à moins  que les gens ne croient dans le monde invisible, celui qui ne devient visible que lorsqu’ils ouvrent leur cœur à la compréhension et à l’apprentissage de la vérité. »

 

La Mère de Clan du premier cycle lunaire sourit. Être la Mère de la Nature signifiait qu’elle pourrait suivre tout ce qui lui viendrait naturellement. En cet instant, son cœur était si plein d’amour qu’il était naturel qu’il déborde pour se répandre sur le monde, et qu’elle fasse savoir aux Enfants de la Terre qu’ils n’étaient pas oubliés et que leurs besoins seraient satisfaits.

 

Celle qui Parle avec Toutes ses Relations avait appris la vérité concernant le fait d’être dans un corps humain. C’était au tour de ses enfants humains de le découvrir par eux-mêmes à présent. Chaque fois qu’un individu à deux jambes ouvrirait son cœur ou apprendrait ce qui est vrai au sein de la Famille Planétaire, elle serait là pour l’enseigner. Quand ceux de la Tribu Humaine ouvriraient leur cœur avec respect à toutes choses vivantes, elle serait là pour veiller à ce qu’ils prennent soin d’eux-mêmes en se respectant, et qu’ils se considèrent les uns les autres avec bienveillance. Et lorsque les cycles des saisons apporteraient son lot de douleurs à la race humaine, elle serait l’onguent guérisseur présent dans le monde de la nature autour d’eux.

 

Le monde intangible de l’esprit, qui réside dans le monde tangible, attend d’être découvert. Ses enfants humains seront les derniers à réaliser ces vérités. Elle fut réjouie de savoir que l’arrogance humaine fondrait un jour jusqu’à disparaître. Ce soleil-là se lèverait lorsque les cycles et les saisons apporteraient des êtres désireux d’abandonner leurs souffrances et de revenir à leur cœur comme à leur véritable maison.

 

« Oui, la vie est bonne », souffla-t-elle dans la nuit remplie d’étoiles, juste assez fort pour que ceux dont le cœur est ouvert puissent l’entendre.

 

 

NdT : « Two Legged » ainsi que sont nommés les êtres humains

NdT : « Suns ans Sleeps » qui marquent l’alternance des jours et des nuits

NdT : « grouse » dans le texte original, traduit par oie dans la précédente version

NdT : « during that Sun » : comme mentionné plus haut, l’écoulement du temps étant étroitement lié aux astres, un soleil représente ici le temps d’une journée (en opposition au temps de la nuit) de la même façon qu’une lune représente 28 jours c’est à dire une période de presque un mois)

NdT. « Stone Person » dans le texte original que nous choisissons ici de traduire par « Etre Pierre » plutôt qu’ « Etre de Pierre » comme dans la version précédente. En effet les Pierres faisant partie de Toutes Nos Relations dans la tradition Amérindienne, ce sont des êtres à part entière, pas seulement une matière particulière comme cela peut être sous-entendu lorsqu’on dit « de la pierre ».

NdT : Nous comprenons ici la Pipe Sacrée comme une métaphore du « Souffle du Grand Mystère »,  du mouvement de la création.

Jamie Sams

(traduction de la nouvelle édition)